Émelie Charmi

Émelie Charmy

 

2 avril 1878 – 7 novembre 1974

Émilie-Espérance Barret dite Émelie Charmy est née à Saint-Étienne le 2 avril 1878, dans une famille bourgeoise, propriétaire d’une fonderie locale. Elle devient orpheline à l’âge de cinq ans lorsque sa mère meurt. Son frère Jean devient son tuteur. En 1898, les deux quittent Saint-Étienne et s’installent à Lyon, où Charmy poursuit des études dans une école privée catholique afin de devenir enseignante. Elle refuse cependant d’exercer ce métier et suit, à la fin des années 1890, les cours du peintre lyonnais Jacques Martin, qui repère en elle un talent précoce. Elle fréquente son atelier et devient son élève. Grâce à la modernité de son mentor, elle se forme dans un climat de liberté déjà éloigné de la tradition académique de son époque.

En 1903, Charmy et son frère déménagent à Saint-Cloud, près de Paris. Plus proche du milieu artistique parisien, elle expose dès 1904 au Salon des Indépendants. En 1905, l'oeuvre de Charmy est remarquée par la galeriste Berthe Weill, qui est devenue son amie. Chez Berthe Weill, Charmy peut exposer ses œuvres à plusieurs reprises jusqu'à 1923. Elle se lie alors d’amitié avec plusieurs membres du groupe des fauves. En 1926, elle réalise une exposition avec Colette : Quelques toiles de Charmy, quelques pages de Colette.

En 1910, Charmy s'installe dans un atelier au 54 rue de Bourgogne, à Paris. Contrairement à beaucoup de peintres femmes de son époque, Emilie Charmy était entièrement dépendante des revenus de son art.
L'artiste bénéficie d'une première exposition personnelle importante en 1911 à la galerie Eugène Druet, entre 29 janvier et 11 février. Elle présente dans cette exposition quarante toiles, dont des paysages, natures mortes, des portraits et vingt-cinq aquarelles.

Entre 1911 et 1912, elle rencontre le peintre George Bouche, avec qui elle séjourne l'été à Marnat en Auvergne. Bouche a choisi de s'installer six mois de l'année à Marnat où il peint de grands paysages à la limite de l'abstraction. Charmy découvre donc Marnat et poursuit sa recherche sur le paysage et l'autoportrait. Période des aplats de couleurs.

En 1914, Bouche est mobilisé pour la guerre et Charmy reste seule à Marnat. Avec George Bouche, Charmy a un fils en 1915 à Paris, Edmond, qui est immédiatement envoyé chez une nourrice à Étampes. Pendant la guerre, elle est contrainte de séjourner en Auvergne.

C'est en 1919 que Charmy rencontre le comte Étienne de Jouvencel, qui la soutient et promeut son travail. Il devient son principal collectionneur et saura communiquer son enthousiasme pour sa peinture au monde littéraire et artistique de l'époque.
Deux importantes expositions de Charmy ont lieu en 1921. En juin, l'exposition personnelle "Toiles", organisée par le comte de Étienne de Jouvencel aux Galerie d'œuvres d'art, 50, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris. Les textes du catalogue sont écrits par Louis Léon-Martin, Henri Béraud, Roland Dorgelès et Pierre Mac Orlan. L'exposition remporte un vif succès dans la presse. La deuxième exposition la même année à la galerie d'Art ancien et moderne à Paris, dont le catalogue est préfacé par l'écrivain Colette. Colette écrira d'elle « le pinceau subtil, sans artifice, et guidé par une lucide passion, c'est bien ce pinceau-la qui attache, [...] d'une léchade infaillible, la goutte de lumière aux feuilles vernies du camélia, le gras velours au pétale de la rose, la houppe ensoleillée à la branche du chorus et la plaque de nacre sur l’épiderme d'une hanche ou d'un sein bien tendu ». Colette lui servira de modèle à de multiples reprises. Le texte est publié aussi dans Revue de Paris.
En 1922, une exposition sur « le Nu féminin » est organisée à la galerie Styles, 50, rue du Faubourg-Saint-Honoré à Paris, avec des œuvres majeures de Delacroix, Ingres, Corot, Manet, Renoir et Matisse. Charmy est l'unique femme parmi eux. Elle y expose deux nus de grand format.

Charmy est décorée de la Légion d'honneur en 1926, grâce à l'entremise de Élie-Joseph Bois, directeur du Petit Parisien. Il l'introduit à de nombreuses personnalités politiques, dont Édouard Daladier, Aristide Briand et Louise Weiss, dont elle sera proche.
Elle bénéficie d'une exposition personnelle à la galerie Barbazanges à Paris, dont un article d'Henri Béraud lui est consacré à la première page de Paris-Soir.

Émelie Charmy et George Bouche se marient en 1931.

Bouche et Charmy se retirent en Auvergne à la déclaration de guerre. George Bouche meurt le 12 mai 1941. Charmy reste en Auvergne jusqu'à la fin de la guerre.
Après la Libération, Charmy retourne à Paris et retrouve le grand atelier de la rue Bourgogne. Dans les années qui suivent, Charmy continue à peindre, mais elle n'exposera plus guère, hormis chez Jeanne Castel en 1949 et 1952. Plus tard, une exposition personnelle en 1963 à la galerie Paul Pétridès à Paris.

Emilie Charmy décède en 1974 à Paris.

Charmy est entièrement dépendante financièrement de son art. Pour elle, « la peinture était une obsession qui dominait de nombreux autres aspects de sa vie ». Charmy peint principalement des femmes dans des cadres domestiques ou bourgeois, ainsi que des images de fleurs et nature morte. Ses peintures de fleurs et ses natures mortes sont très commercialisables parce qu'elles étaient considérées comme décoratives et étaient recherchées par la classe moyenne. En ce qui concerne ses peintures de nu, ils se distinguent par une volonté de transcender l’art féminin.

Le romancier français Roland Dorgelès décrit Charmy comme « une grande peintre libre; au-delà des influences et sans méthode, elle crée son propre royaume séparé où les envolées de sa sensibilité règnent seules ». Il y a un grand sens d’abstraction dans ses images, avec des opinions différentes de critiques d'art. Son utilisation audacieuse de la couleur et ses coups de pinceau sans excuses ont été considérés comme la volonté de s'approprier le langage masculin de la production picturale de son époque. La citation la plus célèbre est venue de Roland Dorgelès:
Émilie Charmy, paraît-il, voit comme une femme et peint comme un homme; de l'un elle prend la grâce et de l'autre force, et c'est ce qui fait d'elle une peintre si étrange et puissante qui retient notre attention.

C'est la résistance de Charmy aux traditionnels rôles de genre qui la rend unique pour son époque. Pour sa carrière et sa représentation de femmes nues à une époque où cela était inhabituel pour les femmes, elle a incarné la nouvelle femme du XIXe siècle et du début du XXe siècle.

 

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Emelie Charmy, Grand nu debout Emelie Charmy, Jeune femme à la seringue
  Jeune femme à la seringue
1898
Huile sur toile - 130 × 97 cm
Estate Émilie Charmy
  Emelie Charmy, Autoportrait
Grand nu debout
1918-1920
Huile sur toile - 142 x 48,5 cm
Collection particulière
Autoportrait
1910-1912
Huile sur toile - 56 x 46 cm
Collection particulière
Emelie Charmy, Fleurs et fruits Emelie Charmy, Intérieur  à Saint-Étienne
Fleurs et fruits
env. 1904
Huile sur toile - 72,8 x 54 cm
Collection particulière
Intérieur à Saint-Étienne
1897-1902
Huile sur toile - 60 x 82 cm,
Collection particulière
Liens : Biographie année par année extraite du texte de Sandra Martin Émilie Charmy (1878-1974) : une destinée de peintre, catalogue d’exposition, Villefranche-sur Saône, musée Paul-Dini, musée municipal, 12 octobre 2008 - 15 février 2009, éd. musée Paul-Dini, 2008