Julie Manet

Julie Manet
   

 

1878-1966

Julie Manet est la fille de Berthe Morisot et de Eugène Manet, le frère du peintre Edouard Manet. Elle évolue dans un milieu aisé, rencontrant à l'occasion du salon que tenait sa mère tout les jeudis, des hommes de lettres et des peintres tels que Stéphane Mallarmé, Jules Ferry, Auguste Renoir, Edgar Degas, Claude Monet ou Camille Pissarro. Elle vit dans le cocon familial, ses amies sont ses cousines, ses seuls amis sont les amis de ses parents. Sa mère l'emmène aux concerts et aux musées. Julie apprend le piano, la flûte, le violon, et même la mandoline. Elle ne va pas à l'école et apprends tout à la maison.

Dans une dernière lettre, le 1er mars 1895, la veille de sa mort, sa mère lui écrit que le mieux serait d'aller vivre avec ses cousines dans sa maison 40 rue de Villejust. Peu de temps après Julie s’installe dans la maison de son enfance avec ses deux cousines Jeannie et Paule Gobillard, qui peint également. Stéphane Mallarmé devient son tuteur, tandis qu’Auguste Renoir fait partie du conseil de famille.

En 1900 elle épouse Ernest Rouart, le fils du peintre Henri Rouart – une autre famille de peintres. Ils auront trois fils, Julien, Clément et Denis.

Le temps où une famille bourgeoisie, comme la sienne, vivait une vie sans soucis matériels dans un cocon de luxe protégé est révolu. Le monde change vite autour d'elle, mais Julie Manet continue à peindre dans un style que l'on peut désormais qualifier de traditionnel.

 

Retour aux peintres des XVIII et XIXe siècles

              Berthe Morisot
              Paule Gobillard

              Introduction au journal de Julie Manet

 
 
Julie Manet - Jeannie Gobillard au sofa Julie Manet - Jeune fille au piano
  Jeannie Gobillard au sofa
Huile sur toile - 50 x 65 cm
Collection privée
  Jeune fille au piano
Huile sur toile - 41 x 26 cm
Collection privée
Julie Manet - Portrait de Jeanne Gobillard Julie Manet - Le pigeonnier du Mesnil
  Portrait de Jeanne Gobillard
Huile sur toile - 66,1 x 53,3 cm
Collection privée
  Le « pigeonnier » du Mesnil
Julie Manet - Jeanne Baudot peignant  
  Jeanne Baudot peignant dans l'atelier du 40 rue de Villejust    
 

Quelques courts extraits de son journal :

Samedi 3 août 1895 (…) Après beaucoup de canotages sous la pluie dans cette voiture nous arrivons à ce pâté de Mont-Saint-Michel, vrai jouet de bébé ; nous ne voyons qu'un sable gris, pas même une ligne de mer. Nous prenons un déjeuner fade avec cette omelette jaune de la mère Poulard et ensuite nous visitons l'abbaye en troupeau comme des moutons. Tout à été restauré dans cette abbaye, il n'y a que le réfectoire et d'autres grandes pièces à colonnes qui m'aient plu ; quant au cloître je le trouve plutôt laid avec ses ornements si lourds. On nous a menées dans les caves, c'est-à-dire, les cachots, cela ne m'intéresse nullement. Lorsque nous sommes revenues, toujours pas de mer ; rien que de la boue autour de ce rocher de carton. Encore un voyage long et fatigant pour rentrer. Au grand étonnement de tout le monde nous disons que le Mont-Saint-Michel est laid.

Vendredi 17 septembre 1897 M. Renoir a débandé son bras ce soir, que j’ai été horrifiée à la vue de tous ces poils, que l’homme est laid ! Un animal a une fourrure, mais l’homme a des poils qui laissent voir la peau, c’est horrible ! Tout de même, il faut du courage pour se marier avec cela !

Samedi 16 octobre 1897 Jusqu’à présent, j’avais beaucoup d’ambition, je voulais avoir un vrai talent ; maintenant je voudrais seulement être plus que la jeune fille qui peint des éventails et des abat-jour, peut-être dans quelques temps n’aurais-je peut-être même plus cette ambition-là ?

Vendredi 22 octobre 1897 Jeannie dit toujours que c'est un devoir de se marier et d'avoir des enfants; mais ce devoir va-t-il jusqu'à épouser quelqu'un qui vous déplaît pour peupler la France ?

En ce cas, c'est bien dur. Il m’a toujours semblé que les présentations, les mariages par arrangements, tout cela devait être odieux ; mais être aimée et aimer, cela doit être doux.

Je pense que jamais je ne goûterai à ce bonheur, ce serait trop pour moi, je ne m’attends pas à de grandes jouissances dans ma vie et cependant j’espère toujoursa.

Jeudi 12 janvier 1899 Ce matin, je rangeais les toile de Maman que n'avons pas la place d'accrocher et que l'on change de chambre au sixième,. Dans quels transports d'admiration la vue de ces colorations délicieuses, ces dessins si beaux, m'a laissée ! C'est bien là l'œuvre de Maman, d'une femme comme on n'en rencontre pas, dont le charme émanait tout autour d'elle, en sa peinture, en ses paroles, en ses attitudes, en son physique, en la tendresse... Ah ! Maman tu vis encore en tes toiles ; mais je ne peux pas m’empêcher de pleurer de ne plus t’avoir ! Que je voudrait pouvoir t’embrasser, par moments je me sens si malheureuse, je veux parler à papa, à maman, il me semble que je vais les embrasser ; et puis je me dis « mais non, c’est pour la vie » et j’ai le cœur bien gros.

 

Livres :

 

Julie Manet, Journal de Julie Manet, A. Baudry et Cie, 2013